Editorial du président - Bulletin 36

Écrit par Sylvain Gautier le . Publié dans Editorial

2017 SylvainGautier

Nous voilà arrivés aux termes d’une riche année universitaire pour les internes de santé publique et le CliSP. Le chapitre qui s’ouvre aujourd’hui est celui du CliSPro, notre évènement professionnalisant, qui chaque année nous permet, en quelque sorte, de nous introspecter et de penser à demain. Il est, tout à la fois, l’instant du bilan et celui d’un nouvel élan.

Médecin de santé publique : trouver sa voix

Prosaïquement, le CliSPro se propose, en effet, de nous préparer à l’entrée dans le « grand monde », celui de l’exercice professionnel plein et entier. Nous le savons, le chemin est jonché d’obstacles, le saut est angoissant, parfois on aimerait avoir déjà franchi le cap jusqu’à ce que nos aînés nous disent regretter ce temps d’insouciance… Quoi qu’il en soit, ne tuons pas le temps mais essayons, dès à présent, de trouver notre voie.

Cette année, nous souhaitions nous arrêter sur la manière dont le médecin de santé publique participe à la communication en santé. Entre les situations de crise sanitaire et les messages de prévention, les exemples sont légion en la matière mais les ressources et la formation limitées. Pourtant, en aide à la décision, nous serons amenés à conseiller, vulgariser, plaider et parfois même communiquer nous-mêmes, auprès de décideurs, de communautés ou de populations. Quelle est alors notre responsabilité ? Comment construire un message evidence-based ? Jusqu’où aller et comment ne pas être néfaste dans ce que l’on dit et la manière dont on le dit ? Finalement, comment délivrer une information claire, loyale et appropriée à une échelle populationnelle plutôt qu’individuelle ?

Faire entendre la voix de l’expertise médicale en santé publique

L’enjeu pour notre collectif est aussi de promouvoir une voix singulière, celle du médecin de santé publique. En effet, quand la santé devient publique, le débat démocratique doit s’enrichir d’une expertise légitime, fondée et expérientielle. Cette expertise peut être celle des connaissances, des décisions possibles ou de la mise en œuvre des décisions prises. Il est alors besoin d’une expertise médicale spécifique que nous avons vocation à incarner mais dont il faut encore préciser les contours.

C’est un enjeu fort que de défendre notre voix dans un système de santé où la démocratie sanitaire tutoie parfois la volonté (abusive ?) d’une démédicalisation. Avec le virage préventif qui s’annonce, les repositionnements professionnels se multiplient. A l’ère des big data, la dimension populationnelle deviendrait un nouveau cadre de structuration, un nouveau bien-fondé. Davantage d’acteurs de santé publique pour davantage de santé(s) publique(s)… mais pour quelle santé publique ?

Sans doute est-il préférable de plaider pour la complémentarité et le respect des identités professionnelles de chacun. Le dialogue interdisciplinaire, le partage d’expérience et la mutualisation des savoirs ne signifient pas l’uniformisation ou l’effacement des spécificités. Bien au contraire. Cela participe d’une construction plurielle des problématiques et des réponses. Ce n’est que parce que nous nous savons certains de notre plus-value respective, forts de notre identité, de notre histoire collective et conscients des enjeux, que nous pouvons coopérer et travailler pour la santé des populations.

Rien qu’une virgule… ?

Etang de la mer rouge, 1889, Georges Paul LaugéeTroisième numéro de cette année universitaire, cet éditorial sera mon dernier en tant que président du CliSP. Je profite de ces lignes pour remercier l’ensemble des internes qui se sont investis durant le mandat 2017-2018, et notamment les membres du Bureau qui, en plus de me supporter, auront donné à chaque instant le meilleur d’eux-mêmes. J’adresse un remerciement particulier à Mathilde Besson avec laquelle je n’ai cessé d’échanger et d’élaborer nos stratégies tout au long du mandat. Au-delà de la vice-présidente, j’ai aussi trouvé une amie qui a su trouver les bons mots quand il le fallait.

Nous présenterons donc, tous ensemble, lors de l’Assemblée générale réunie après le CliSPro, notre bilan d’activité qui soulignera les actions menées pour i) favoriser les échanges et la communication entre les internes et l’extérieur, ii) défendre les droits et les intérêts des internes, iii) accompagner la formation et l’insertion professionnelle et iv) promouvoir la spécialité médicale de santé publique. Nous pouvons nous féliciter de ce qui a été fait mais garder à l’esprit qu’il s’agit d’assurer la continuité, continuité dans laquelle nous nous étions placés dès juin 2017. Je transmettrai, pour ma part, la présidence du CliSP avec sérénité, bien certain que la suite sera prometteuse et dans le prolongement de ce que j’ai eu plaisir à mettre en œuvre cette année.

J’ai déjà eu l’occasion de vous le dire aux termes du SANFI de Bordeaux : c’est avec beaucoup de fierté et le sens des responsabilités que j’ai accompli mes fonctions au CliSP. Bien entendu, il n’est pas question pour moi de personnifier à l’excès nos missions. Au contraire, de belles choses se sont écrites avant nous et continuerons à s’écrire après nous. Il nous faut faire preuve d’humilité et plutôt savoir où est notre phare, celui qui, enraciné, nous indique notre chemin de sa lumière. Pour ma part, ce sont ces paysages que vous voyez reproduits en tableau : les étangs de la Brenne de mon enfance qui s’emplissent et se vident au gré des pluies et des assecs. Leur intemporalité apaise autant qu’elle interroge. A l’occasion, venez jouer les cistudes sur les traces de George Sand.

A ce stade, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un excellent CliSPro et une longue histoire en santé publique. Merci à vous tous. Bon été et à très bientôt.

Sylvain Gautier, président du CliSP 2017-2018

Fin de mandat et 30 ans du CliSP : « on fait l’bilan, calmement »…


Un an déjà ! Un an c’est long mais c’est aussi court quand on voit tous les chantiers qui ont été lancés (nouvelle identité visuelle de l’association, rénovation du site internet, vidéos de médecins de santé publique) et les nouvelles problématiques, en lien avec le DES de santé publique, qui émergent (mise en œuvre de la R3C, difficulté d’accès aux M2, etc.). Nous aurons eu à cœur, à nouveau durant ce mandat, de défendre vos intérêts au plus près de vos besoins et de vos réalités, aidés de vos représentants. Ces représentants, désormais présents dans chaque subdivision, que l’on souhaite encore plus opérationnels et investis dans leur rôle de relai d’information entre vous et votre association représentative. Une association qui fête (déjà !) ses 30 ans. Nous aurons l’occasion, durant ce CliSPro, de célébrer cette date anniversaire comme il se doit, entourés de ceux, co-fondateurs, anciens présidents et membres d’honneur, qui ont œuvré ces dernières années en son sein.

 

Un CliSPro très « pro »

 

Nous avons fait le choix cette année de renommer les « Journées du CliSP » en « CliSPro » afin d’affirmer la spécificité de cette événement qui, en complémentarité d’autres évènements (SANFI, séminaires régionaux, etc.), se veut résolument tourné vers le monde professionnel. En effet, nous sommes issus d’un parcours initial où la réflexion autour de la carrière professionnelle ne prend pas toujours la même forme et n’a pas le même poids que pour nos confrère(sœur)s clinicien(ne)s. Les différents milieux dans lesquels nous évoluons et au sein desquels nous serons amenés, en tant que médecins de santé publique, à exercer nous poussent à nous questionner sur de nombreux aspects de notre carrière et à l’anticiper un tant soit peu. Il ne s’agit pas pour autant de devenir un fin stratège en la matière et de tout planifier en amont, car la santé publique est un domaine parfois imprévisible où les opportunités nécessitent une certaine souplesse, mais de prendre conscience de cette dimension afin d’optimiser son parcours et d’éviter certains écueils. Nous espérons que le programme de ce CliSPro répondra à certaines de vos attentes en la matière !

 

Mise en œuvre de la R3C et vigilance

 

On l’a dit, et on le redit, cette année aura été l’année de toutes les attentions vis à vis de la réforme du 3e cycle des études médicales. Mainte fois reportée, et toujours contestée, cette réforme entrera bien en application à la rentrée 2017. Malgré nos efforts et les avancées théoriques obtenues, en matière d’accompagnement de l’interne et de formation, nous restons préoccupés par sa mise en œuvre effective dans les subdivisions et les conséquences réelles que cette réforme aura sur votre formation. En effet, si les textes officiels, dont notre maquette, vont dans le sens de l’évolution de notre spécialité avec une ouverture sur de nombreux domaines et la reconnaissance de notre niveau d’excellence, nous veillerons à ce qu’en pratique cela n’engendre pas de difficultés pour les internes. Que ce soit des difficultés liées aux interprétations locales de la réforme, aux agréments et choix des terrains de stage, à l’offre de formation locale et nationale, à la validation des phases ou encore à l’accès et à la réalisation des FST, de l’option « administration de la santé » ou encore des diplômes complémentaires (M1 et M2, D.U, etc.), le CliSP restera vigilant et sera attentif aux informations qui nous parviendront. Il nous paraîtrait inadmissible qu’une réforme sensée apporter une amélioration de notre formation s’avère être délétère pour des internes de santé publique. En ce sens, nous avons besoin de vous pour nous tenir informé de votre réalité et des difficultés potentielles qui pourraient survenir dans ce cadre !

 

Nouvelle équipe gouvernementale : la santé publique « en marche » ?

 

« La santé publique, c’est politique ! ». Voici une phrase entendue au SANFI 2017 de Nantes qui résonne pour beaucoup d’entre nous, surtout en cette période de changement de l’équipe gouvernementale. Si nous avons évité « le pire », nous ne sommes sans doute pas au bout de nos peines en terme de santé, notamment en matière d’impact des politiques promises sur les différents déterminants de la santé et de creusement des inégalités sociales de santé. La santé aura été en bonne place des débats qui ont rythmé cette présidentielle et certains acteurs de santé publique ont saisis l’occasion pour faire entendre leur voix (positions de la FNES et de la SFSP, entres autres). Quel que soit, ou sera, notre lieu d’exercice et nos missions, le politique aura toujours un impact, direct ou indirect, sur les sujets que nous aurons à traiter. Il faut à l’inverse que nous aussi ayons une influence sur ce politique, quelle que soit l’échelle, pour assurer notre mission principale qui est de garantir et protéger la santé des populations, dans toutes ses nombreuses dimensions.

 

Je termine donc ce dernier édito par cette note politique, et aussi artistique (cf. plus bas), puisque qu’il faut saisir les occasions de ce genre quand elles se présentent.

 

Soyez passionnés ! Soyez engagés ! Soyez excellents, car le job le nécessite !

 

Bon CliSPro et surtout bonne continuation (et vive le CliSP) !


Laetitia Satilmis, présidente du CliSP 2016-2017