La spécialité médicale de santé publique

Écrit par José Guerra le . Publié dans La spécialité

 Introduction

"Tu fais de la santé publique, ah c'est intéressant. Mais c'est quoi la santé publique ? Tu es encore médecin ?"

Voici la question que se verront poser tout interne de santé publique et au-delà tout médecin spécialiste de santé publique. Ce texte à vocation à y répondre et à présenter l'internat de santé publique.

De nombreuses autres sources d'informations sont disponibles et pour ceux qui veulent en savoir plus, je vous invite à les consulter :

De nombreux et très bons posts se trouvent sur le forum e-carabin.

De nombreuses informations sont disponibles sur notre site et sur ceux des associations régionales.

Des présentations sur le sujet ont été réalisées : à destination des externes en 2007 : cliquez ici ; et à destination des nouveaux internes en 2013 : cliquez ici.

Pour ceux qui veulent connaître tous les détails de la formation des internes de santé publique, la remarquable thèse d'exercice du Dr Bruna Alves de Rezende est disponible.

Qu'est-ce que la spécialité de santé publique ?

 La santé publique est une spécialité transversale à la frontière de nombreuses disciplines : sociologie, statistiques, économie, informatique, épidémiologie, évaluation, recherche clinique, droit, éducation...

Le principal caractère distinctif de la spécialité médicale de santé publique est qu'elle a pour objet le groupe et non plus l'individu. Les connaissances cliniques ne sont pas dédiées à l'activité clinique (soigner un individu), mais sont alliées aux connaissances d'autres disciplines pour promouvoir et améliorer la santé d'une population (soigner le groupe). On passe ainsi de la gestion de patients (en consultation ou dans une salle d'hospitalisation), à la gestion de projets.

Quels sont les débouchés d'un médecin spécialiste de santé publique ?

Multiplicité des carrières

Le médecin spécialiste de santé publique exerce dans le champ de la santé publique. Il réalise ou supervise des actions afin de promouvoir la santé, permettre la prévention et le diagnostic des maladies et assurer une prise en charge globale des problématiques de santé des patients et de leurs aidants, des communautés ou de la population.

 Cette promotion de la santé est multiforme :

 Amélioration des connaissances médicales et des pratiques

  • Amélioration de la pharmacopée et des dispositifs médicaux
  • Amélioration de l'accès aux soins et de la gestion des ressources

Ainsi, l'activité des médecins spécialistes de santé publique est extrêmement variée, à l'image de la spécialité :

 Recherche fondamentale : exemples : laboratoire de recherche INSERM, études sur les déterminants génétiques à l'action des médicaments ; étude sur les facteurs de risques de mort subite cardiovasculaire...

  • Gestion administrative de la santé des populations : exemples : mise en place de nouvelles politiques vaccinales au ministère de la Santé ; supervision d'un réseau de cancérologie régional...
  • Recherche appliquée de terrain : exemple : ONG internationale, étude de terrain pour évaluer la propagation d'une épidémie de rougeole afin de décider des mesures à appliquer ; institut de recherche, étude de terrain qualitative sur les facteurs de recours au soin des patients...
  • Mise sur le marché de nouveaux médicaments : exemple : laboratoire pharmaceutique, chargé de la mise au point d'une nouvelle molécule et de sa mise sur le marché ; agence de santé, chargé de vérifier la conformité des nouvelles molécules et de leur service médical rendu...
  • Audit et amélioration des pratiques : exemples : agence d'état, évaluation des pratiques d'un établissement et mise en oeuvre de mesures d'amélioration ; cabinet de consultant, mise en oeuvre d'une politique régionale de santé pour les collectivités locales...
  • Gestion de l'information médicale : exemples : service d'information médicale, amélioration et analyse de la production de l'information médicale d'un hôpital ; agence d'état, amélioration de la valorisation des actes médicaux...

Ceci n'est qu'un aperçu de la variabilité des exercices des médecins spécialistes de santé publique. Ce sont des médecins, avec une formation transversale en santé publique et avec une spécialisation dans au moins un des domaines (épidémiologie, sciences sociales, économie de la santé...). Ces caractéristiques et le faible nombre de médecins spécialistes de santé publique font qu'ils occupent des postes à responsabilité dans tous les types de structures : administration, hôpital, laboratoires pharmaceutiques, cabinets de consultants, ONG, organismes internationaux...

Les domaines d'application de la santé publique et les compétences des médecins spécialistes de santé publique sont de plus en plus recherchés. Le fait que la spécialité de santé publique soit la première choisie en Angleterre en est un exemple.

Rémunération

Étant donné la variabilité des exercices, la rémunération est également extrêmement variable. À l'hôpital, elle est identique à celle d'un autre médecin spécialiste. Dans les laboratoires pharmaceutiques, cabinets de consultants et autres industries privées, elle peut augmenter.

Et la clinique ?

Continuer à faire de la clinique

De nombreux anciens internes de santé publique ont fait des DESC et exercent la clinique à l'hôpital à mi-temps ou à plein temps. Cette pratique tend à disparaître. Il est en effet difficile de concilier les exigences d'une pratique de santé publique avec un exercice régulier de la clinique.

Pour ceux qui n'envisagent pas un exercice sans clinique, mais qui sont malgré tout intéressés par la santé publique, il est possible de faire une autre spécialité et par la suite de réaliser un master 2 dans une des disciplines de santé publique. Cela permettra de réaliser des études dans son champ de compétence clinique. Mais alors pourquoi se spécialiser en santé publique par le DES ? C'est comme pour les autres spé, on peut être généraliste et faire un DU de rythmologie, cela n'en fera pas de nous un cardiologue. De même du fait de la grande diversité de la spécialité de santé publique, un master n'est pas suffisant pour être spécialiste de santé publique. Le DES est nécessaire pour avoir une culture et une pratique générale en santé publique avec une surspécialisation. Nous y reviendrons.

Prescriptions

Un spécialiste de santé publique est un médecin, à ce titre il peut prescrire pour lui et ses proches. S'il exerce dans une structure habilitée à délivrer des soins (clinique, PMI...) il peut prescrire dans l'exercice de son activité.

Premiers semestres

Deux éléments sont difficiles à vivre pour les jeunes internes de la spécialité : le manque de valorisation immédiate et dans certains stages, une certaine médiocrité.

  • En clinique, l'effort est constamment récompensé par une valorisation constante : valorisation des infirmières, des patients, des familles... Cette valorisation liée à la blouse et à l'activité est absente de la spécialité. En santé publique, l'achèvement d'une étude, l'édition d'un article, la tenue d'une conférence, l'efficacité d'un projet sont les moments de valorisation. Ils sont peut-être plus importants et intenses, mais également plus rares qu'en clinique.
  • Dans certains stages, et en particulier dans certaines administrations, la santé publique est gérée par des professionnels (médecins et non-médecins) qui se sont formés sur le tas. Ces professionnels sont forcément en général moins compétents qu'un médecin spécialiste par manque d'outils et de connaissances transversales. Il s'agit de ne pas faire d'amalgame entre ces praticiens de santé publique formés sur le tas et les médecins spécialistes formés par le DES.

Hormis ces premières difficultés, un interne de santé publique est un interne heureux. La spécialité est tellement diverse que chacun peut y trouver ce qui l'intéresse le plus.